La magistrature et la relève – Point de vue de l’Honorable Manon Savard

La juge Manon Savard s’est toujours tout naturellement impliquée auprès de la relève. Que ce soit jadis à titre de membre du comité des étudiants chez Ogilvy Renault, d’enseignante à l’École de formation professionnelle du Barreau du Québec ou, encore aujourd’hui, en y donnant des conférences ou en participant annuellement au séminaire de techniques de plaidoirie pour ne nommer que ceux-ci.

J’étais donc bien heureuse de faire sa rencontre et d’échanger sur le thème de la relève dans la profession en obtenant certains de ses plus précieux conseils.

La juge Savard était bien heureuse de partager son vécu ainsi que les trucs qui lui ont été utiles tout au long de sa pratique, mais loin d’elle la prétention de vouloir donner des conseils aux « jeunes », comme elle les appelle affectueusement !

Pourquoi être réticente à donner des conseils ?

Pour la juge Savard, la prémisse de base est simple et elle repose sur le fait que nous sommes de générations différentes. Cela peut entraîner une différente vision des choses dont on doit tenir compte.

« On veut rester ouvert d’esprit, mais inévitablement nous n’avons pas vécu dans le même monde. Certaines choses importantes dans mon temps ne le sont peut-être plus pour eux et c’est correct. »

La juge Savard confie d’ailleurs qu’il s’agit de l’une des raisons qui la motive à rester impliquée auprès des avocats de la relève. « La formation est l’un de mes liens avec les jeunes et donc une façon de mieux comprendre là où ils sont rendus. Cela m’aide à tenir compte de leur réalité et à ne pas être déconnectée. Le travail de juge est le plus beau travail au monde, mais notre défi est de ne pas nous enfermer dans une tour d’ivoire. Il ne faut pas oublier, rester ouvert aux façons de faire et aux idées qui évoluent. »

« Ainsi, de donner des conseils aujourd’hui à des jeunes avocats qui évoluent dans un milieu et une pratique qui sont tellement différents de ce qui existait au moment où je pratiquais … je préfère me garder une petite gêne. »

Quel est l’un des défis auquel les avocats de la relève feront face ?

À cette question, la juge Savard répond sans hésiter : « la pression de performer, notamment en raison de l’existence des réseaux sociaux ».

Elle croit que, plus que jamais, les jeunes feront face au défi de faire des choix de carrière qui correspondent à qui ils sont réellement.

La juge Savard poursuit en spécifiant que « c’est certainement tout un défi de respecter qui nous sommes et de cesser de se comparer. » Elle croit pourtant fermement que « ce n’est qu’une fois que nous faisons des choix qui nous correspondent que nous pouvons être heureux ».

Je ne pouvais terminer l’entrevue sans aborder la question de la conciliation travail-famille.

Comment avez-vous réussi cette conciliation ?

La juge Savard confie d’emblée que, comme plusieurs, il lui est arrivé de trouver cela difficile et de se poser toutes sortes de questions dont celle de la poursuite de sa carrière en cabinet privé. Un truc donné par l’une de ses collègues l’a alors beaucoup aidée et elle tenait donc à le partager.

« J’ai d’abord déterminé qu’est-ce que je voulais donner à mes enfants, à mon conjoint, à mon travail ainsi qu’aux autres sphères de ma vie personnelle. Je me suis ensuite fixée des limites claires et concrètes pour chacune de ces sphères et je les ai respectées. À partir de ce moment, j’ai cessé d’être tourmentée. J’étais heureuse et mes enfants l’ont senti. »

La juge Savard conclut en ajoutant « qu’il nous faut être prêts à vivre avec les conséquences de nos choix » et elle ajoute que « dans la mesure où ces choix traduisent notre volonté d’agir, il n’y a pas de conséquences qui ne puissent être surmontées ! »

 

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